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Joueur méchant
Raymond Domenech passe sa jeunesse à Lyon. Il débute avec l’Olympique Lyonnais en 1969 et d’emblée, il trouve un style qui lui permet de faire parler de lui dans la presse ; "J'ai pris conscience qu'avec peu de qualités, si on veut faire parler de soi, il faut trouver un créneau. Et ce créneau, ils me l'avaient donné dès le premier match. J'étais le méchant ! ".
Au Stéphanois Georges Bereta avant un derby au stade Gerland en 1973, il susurre au creux de l’oreille : « Ta seule issue c’est la piste d’athlétisme : à ma gauche il y a Mihajlovic qui est très dur, Baeza qui est plus fondu que moi et Bernard Lhomme au sujet duquel je ne réponds de rien ». Dit avec son look de Franck Zappa croisé avec un terroriste d’action directe, ça devait effectivement faire réfléchir et tous les footballeurs vous le diront, trop de réflexion nuit à la réussite d’actions lumineuses.
La moissonneuse à tibia la plus redoutée du championnat de France des années 70 va conquérir son premier titre de champion à Strasbourg. "J'ai eu une deuxième famille en Alsace. Quand je retourne là-bas, j'ai l'impression de rentrer chez moi". Pour s’intégrer en Alsace, Raymond Domenech avait sa petite technique, " La première semaine d'entraînement, j'ai tué tout le monde (rires)".
Il passe ensuite au PSG mais il ne s’y plait pas et le dit au Président Borrelli : "Je ne peux pas rester dans votre club, sinon, je vais me battre, je vais frapper votre entraîneur (ndlr :Georges Peyroche) et je vais me fâcher avec vous. Je ne peux pas vivre dans ce contexte."
Entraîneur mystérieux
Il finit sa carrière à Bordeaux où il prend des notes sur les méthodes de Aimé Jacquet et s’en va faire entraîneur/joueur au FC Mulhouse (R.I.P.) en 1984 où il a la révélation : "Au bout de cinq minutes, je me retourne et ils étaient au moins à deux cents mètres. Je suis vraiment rentré dans la peau de l'entraîneur ce jour là. Ils m'ont permis d'exploser. Après, ils ont compris » Raymond les emmène alors en forêt jusqu'à ce que tout le monde soit perdu, « et là, pour connaître les mecs, il n'y a pas mieux. Tu as celui qui s'accroche, celui qui craque et celui qui est toujours en train de protester ».
C’est aussi à Mulhouse que Raymond Domenech se lance dans le théâtre. Il jouera notamment « l’ours » de Tchekov et « la leçon » de Ionesco à Lyon. Pour lui, « passer de footballeur à entraîneur, c’est passer de comédien à metteur en scène ». Lorsqu’il était joueur, il arborait sa impressionnante moustache dans l’unique but d’intimider ses adversaires, mais aussi, selon lui « pour protéger une sensibilité importante ».
En redressant Lyon, Raymond Domenech s’impose comme un excellent entraîneur de D2 avant d’aller encadrer l’équipe de France espoir à plus de 120 reprises sans aucune victoire à la clef en près de 11 années.
A sa décharge, les 2 dernières campagnes des espoirs se sont soldées par une défaite aux tirs au buts face à la Tchéquie en finale des championnats d’Europe et une élimination sulfureuse l’an dernier face à des Portugais survoltés qui ont saccagé les joueurs puis les vestiaires en refusant de se soumettre au contrôle anti-dopage ce que ne manquera pas de souligner notre sélectionneur polémicophile avec quelques allusions sur des seringues suspectes à la clef.
Son unique titre reste donc champion de France de D2 avec Lyon en 1989. Un palmarès qui doit le frustrer puisqu’il a prénommé sa fille « Victoire », née la nuit même de sa nomination comme sélectionneur des « A ». Un de ces signes astrologiques qu'il affectionne sans doute.
En 2006, avant la coupe du monde, il ne parlait que d'aller en finale. L'avenir lui a
donné raison, comme si il avait su qu'il était condamner par quelque destin tragique à échouer sur la dernière marche avant la victoire.
Plus rationnellement il doit sa nomination au soutien décisif du directeur technique national Aimé Jacquet qui lui a permis de passer outre les avis défavorables de 2 ennemis médiatiques de taille : Michel Platini et surtout Guy Roux qu’il a jadis poussé vers la sortie de l’UNECATEF (syndicat des entraîneurs).
La suite de son histoire en tant que sélectionneur est encore en cours et il serait de mauvais goût de se prononcer avant cet euro.
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