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Depuis que la grippe est bien identifiée, les chercheurs se demandent : pourquoi en hiver ? Le terme influenza [qui est utilisé en anglais pour désigner la grippe] est un mot
italien qui serait apparu au milieu du XVIIIe siècle sous la forme influenza di freddo, ou “influence du froid”.
Pour expliquer cette prédominance hivernale, les hypothèses ne manquaient pas mais ne convainquaient jamais totalement. Parce qu’en cette saison les gens vivent à l’intérieur ; et les enfants
sont entassés à l’école, où ils attrapent la grippe avant de la transmettre à leur famille selon certains. D’autres proposaient comme explication une baisse des défenses immunitaires, du fait
qu’on synthétise moins bien la vitamine D ou la mélatonine quand les jours sont plus courts.
Obtenir des données sur le sujet est particulièrement difficile. Dans l’étude idéale, des sujets seraient exposés au virus dans différentes
conditions et on relèverait le nombre de malades. Mais un tel protocole est impossible car il mettrait en danger les individus. Par ailleurs, on ne connaissait pas d’animaux adaptés à ce type de
test.
C’est en fait par le plus grand des hasards que le Dr Palese de la Sinai School of Medecine de New York a trouvé une solution de rechange. En lisant un article publié en 1919 dans le Journal
of the American Medical Association sur l’épidémie de grippe à Camp Cody, au Nouveau-Mexique, il est tombé sur un passage essentiel : “Il est intéressant de noter que, juste après que
l’épidémie de grippe a gagné ce camp, nos cobayes de laboratoire ont commencé à mourir.” Les auteurs de l’étude ont d’abord cru que les animaux étaient morts d’empoisonnement. Mais “une
autopsie des cobayes a révélé des signes évidents de pneumonie”, ont-ils ajouté.
Le Dr Palese a donc acheté quelques cobayes et les a exposés au virus de la grippe. En faisant varier la température et l’humidité de l’air
ambiant dans les cages des cobayes, lui et son équipe ont découvert que la transmission était excellente à 5 °C, qu’elle diminuait à mesure que la température augmentait, et qu’à 30 °C le
virus ne se transmettait plus. Par ailleurs, le virus se transmettait parfaitement dans des conditions de faible humidité (20 %), et ne se transmettait plus du tout lorsque le taux
d’hygrométrie atteignait 80 %.
Le virus de la grippe se répand dans l’air, explique le Dr Palese, contrairement à celui du rhume, qui se transmet principalement par contact direct, par exemple quand on serre la main d’une
personne enrhumée ou qu’on touche une surface qui a été touchée par celle-ci.
Le virus de la grippe est plus stable dans l’air froid et lorsque l’humidité est faible, car ainsi les particules du virus se maintiennent mieux dans l’air. En effet, les virus flottent dans
l’air à l’intérieur de gouttelettes, explique le Dr Palese. Quand l’air est humide, ces gouttelettes se gorgent d’eau, grossissent et tombent sur le sol. Des chercheurs spécialisés dans la grippe
se sont dits ravis que des données irréfutables viennent enfin expliquer le caractère saisonnier de la grippe. Quant au Dr Palese, il se réjouit d’avoir trouvé l’article qui parlait des cobayes.
“Parfois, conclut-il, on a intérêt à lire la vieille littérature scientifique.”
New York Times d’après le Courrier International.
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