Vendredi 28 novembre 2008
Moment d'effroi profond, de peur et de tristesse ce jeudi soir. Je suis resté cloué devant ce documentaire de la BBC diffusé dans le cadre de l'excellente émission de reportage
Infrarouge qui suit Envoyé Spécial. Le doc s'appelle « un avenir sans soleil » et il est heureusement disponible sur internet. J'imagine qu'il est
évidemment illégal de diffuser un tel film sans l'autorisation de ses auteurs mais en l'occurrence il est nécessaire qu'un maximum de gens le voie.
Grosso modo il expose 2 phénomènes dont les climatologues sont en train de prendre tout doucement la juste mesure. Il s'agit du réchauffement climatique résultant des émanations de
CO2 et de méthane et qui est bien connu de tous et d'un phénomène inverse qui est l'assombrissement de la terre sous l'effet des particules solides engendrées par la pollution et qui
contribue à refroidir l'atmosphère. Les 2 phénomènes se compensent donc sur le papier.
Dans le cas de l'assombrissement, les particules en suspension dans l'air agglomèrent les gouttes d'eau des nuages et renvoient une partie du rayonnement solaire dans des proportions qui étaient
auparavant estimées à 1%. On sait désormais qu'en fait, l'assombrissement serait plutôt de l'ordre de 10% de perte de rayonnement solaire dans des zones pourtant aussi éloignées des centres
industriels que les Maldives*. Le drame est que l'assombrissement et plus facile à combattre que le réchauffement. En Europe, les efforts fournis ces 20 dernières années pour diminuer cette
pollution atmosphérique ont porté leurs fruits, notamment pour ce qui est de l'amélioration des conditions de combustion des énergies fossiles. Or des liens commencent à pouvoir être fait
entre ce type de dépollution, facilement mesurable, et un réchauffement climatique accéléré.
Les scientifiques qui témoignent dans ce film semblent s'apercevoir avec effroi que le phénomène parfois ancien d'assombrissement du globe a « masqué » jusqu'ici
l'ampleur du réchauffement climatique, faussant les mesure de l'impact que peuvent avoir les émissions de CO2, de méthane et des autres gaz a effet de serre. Cet effet masquant pourrait expliquer
pourquoi le rythme du réchauffement actuel est supérieur à toutes les prévisions antérieures et pourrait représenter un gain de 4 degrés dès 2050 et de 10 degrés d'ici 2100 à l'échelle
planétaire. Continuer d'épurer l'air de ses particules nocives en continuant d'émettre du CO2 pourrait donc aggraver la situation.
S'ajoutent à cela des effets de cercle vicieux qui commencent à être bien connu et vous avez tous les ingrédient d'un film apocalyptique, sauf que là c'est du sérieux. Un réchauffement
climatique brutal entraînerait au niveau des zones tropicales et équatoriales la destruction des forêts qui sont le poumon vert de la planète pendant qu'au niveau des pôles, le méthane
libéré dans l'atmosphère par les glaces en fonte représenterait l'équivalent de l'ensemble des réserves de charbon, de pétrole et de gaz en terme d'impact. Ajoutez à cela les modifications de
la salinité des océans qui ravagerais l'écosystème sous marin et 2-3 autres joyeusetés et la catastrophe est à nos portes.
Le plus terrible en regardant ce film, c'est qu'on se prend à espérer que ces scientifiques se trompent ou oublient de prendre en compte un autre effet compensateur qui nous sauverait la mise.
Heureusement, les scientifiques se trompent toujours, malheureusement nous n'avons pas d'autres boussoles à laquelle nous fier. Je vous laisse imaginer les conséquences pour les sociétés et les
cultures humaines.
Juste avant cette émission, je regardais religieusement un autre documentaire, sur Arte, consacré à cet immense intellectuel et ethnologue qu'est Claude Levi Stauss. L'inventeur
centenaire du structuralisme y délivra quelques phrases qui raisonnent bizarrement après avoir vu ce documentaire complètement déprimant. Cet homme qui a passé sa vie de scientifique à
étudier avec respect et fascination les mythes et les modes de vies des populations « primitives » se dit peu à l'aise dans son époque car il sais que nous aurions beaucoup à apprendre
de certaines de ces sociétés qui nous avons pour certaines exterminées mais il sais aussi que nous en sommes culturellement incapables pour l'instant ce qui en fait un pessimiste convaincu
(convaincu de l'utilité d'être pessimiste car c'est le seul moyen d'évoluer). Il eut à un moment ces mot prophétiques que je vous retransmet sans en respecter la lettre : « L'homme dans
son environnement aujourd'hui pourrait devenir comme ces vers qui se développent dans les sacs de farine et qui meurent intoxiqué par leur propres toxines avant même d'avoir consommé toutes les
ressources disponibles ».
On a encore rien vu du XXIème siècle...
*Les conséquences intrinsèques de ce phénomène sont graves, notamment sur les cycles de pluies tropicale qu'on appelles les moussons et qui concernent la moitié
de la population de la planète qui est situé dans les zones concernées (Asie du sud est, Indonésie, sahel). Ces particules en suspension sont également à l'origine de nombreuses affections
respiratoires dans les zones ou elles sont le plus présentes.
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